Pour une eau libre
Au moment où le droit au loisir semble communément reconnu, on peut se demander
si les moyens mis en oeuvre pour améliorer les conditions de circulation sur
nos rivières lors de la pratique du canoë-kayak sont suffisants. Il n’existe en
France* qu’une petite commission de deux personnes chargée des problèmes
spécifiques aux activités itinérantes dans le cadre de la pratique du canoë
kayak sur les rivières françaises ; ce qui semble bien faible compte tenu
du travail à accomplir. Il est accordé au marcheur un droit de parcours sur
tous les GR et il semble légitime que cette même facilité soit accordée au
canoéiste pour la pratique de son sport.
Les grands barrages
EDF
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Les barrages
régulateurs |
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Qu’à cela ne tienne, on a alors construit
des barrages dits ‘’mobiles’’ qui peuvent laisser passer librement le débit en
période de crues et soulager l’étiage en période de basses eaux. D’abord semi-mobiles
et pénibles à manœuvrer manuellement, les barrages à aiguilles ou à fermettes
ont été automatisés. On a vu alors arriver les barrage soi-disant
"régulateurs de crues" à vannes, à cylindre, à hausses, et puis enfin
à clapets. Trésors d’ingéniosité mécanique, ces derniers modèles régulent
dit-on de "mieux en mieux", mais force est de constater qu’ils peuvent
être excessivement
dangereux pour ne pas dire mortels lorsqu'un kayakiste ou un canoéiste commet
l'imprudence de s'en approcher.
Certains de ces barrages n'ont plus raison d'être et ont été
démoli.
Les anciens moulins et
les microcentrales
Il y a aussi un trop grand nombre de
barrages construits sur les rivières dites non navigables.
Ce sont les vestiges de vieux moulins
souvent réaménagés en résidences secondaires ou encore en microcentrales
productrices d'électricité. Si des déversoirs existent, ils devraient permettre
le passage des embarcations. On doit malheureusement constater qu'ils sont très
souvent inutilisables car dégradés. Des glissières ont parfois été aménagées
mais elles ne sont pas toujours d'une sécurité suffisante (profil dangereux ou
position trop éloignée de la berge d'où une sécurité active est possible). On
peut s’interroger qui, des propriétaires riverains, des Ponts et Chaussées ou
autre autorité est concerné par l’entretien ou l’aménagement de ces sites
et surtout, qui finance. Ce travail d’aménagement, acquis peut-être au titre du
"droit de passage", a été commencé sur de nombreux parcours mais est
loin d’être terminé. Le passage d’une glissière qui permet de descendre une
rivière sans portage en toute sécurité et pourquoi pas à bateau plein, est non
seulement très agréable mais est aussi une ouverture vers le tourisme de
découverte. Quant aux microcentrales
elles peuvent nuire dans certains cas à la qualité du tourisme nautique et elles
ne sont pas souvent adaptées à notre environnement. Ce sont parfois des
concessions qui se transmettent au sein d’une même famille à l’initiative de
particuliers au détriment du bien collectif. Pour quelques KWh de plus, le
débit non dérivé devant être laissé pour le passage des embarcations n’est pas
respecté. Heureusement, dans les cas nuisant trop à l’environnement, la
mobilisation des associations à l’échelon local permet parfois de faire échec
aux nouveaux projets et au renouvellement des concessions.
*à
la FFCK (Fédération française de canoë-kayak)
L'eau libre ça doit être aussi la
possibilité d'accéder à la rivière. Le canoéiste rencontre encore,
particulièrement sur les parties amont, un autre type d’obstacle : la clôture
qui l’empêche d’accéder à la rivière, voire celle qui lui barre complètement le
passage ou qui l’empêche d’accoster en urgence si une difficulté imprévue
survient.
L'abandon des anciens chemins de servitude
qui permettaient d’accéder à un lavoir, un abreuvoir, ou un gué n'est pas
étranger à cette situation. Les propriétaires riverains ont été tentés de poser des clôtures qui privatisent ainsi un
chemin sur lequel plus personne ne passe (ou au contraire trop de monde selon eux).
Il y a aussi toutes les clôtures à usage agricole plantées de part et d’autre
des ponts qui sont précisément les points choisis pour la mise à l’eau ou le
débarquement des bateaux. En France, un riverain propriétaire d'un terrain en
bordure d'une rivière non domaniale a la jouissance exclusive de celle-ci
jusqu'à sa ligne médiane, ce qui sous-entend que si la rivière traverse son
terrain, il pourrait empêcher le passage par un barbelé*. Nos amis allemands
ont su mieux que nous défendre leurs rivières. Elles sont domaniales avec un
passage de plusieurs mètres sur chacune de leurs rives. En Allemagne la rivière
est plus accessible au pagayeur qu’en France et le tourisme itinérant sur
rivière y est plus développé. Ne pourrait-on faire la même chose en
France ?
· *
Cette pratique, contraire au droit de passage et pour criminelle qu’elle soit
n’est pas explicitement interdite par les textes
réglementaires.
Le juriste, trop souvent, n’évoque que le droit de passage de l’eau en
oubliant celui du
touriste nautique.