La rivière, les anciens moulins et les micro centrales
Il y a aussi un grand nombre de barrages construits sur les rivières dites non navigables.
Ces barrages sont souvent les vestiges de vieux moulins souvent réaménagés en résidences secondaires et parfois en microcentrales productrices d'électricité. Lorsque des déversoirs existent, ils devraient permettre le passage des embarcations. On doit malheureusement constater qu'ils sont souvent inutilisables car dégradés. Des glissières ont parfois été aménagées mais elles ne sont pas toujours d'une sécurité suffisante (profil dangereux ou position trop éloignée de la berge d'où une sécurité active est possible). On peut s’interroger qui, des propriétaires riverains, des Ponts et Chaussées ou autre autorité est concerné par l’entretien ou l’aménagement de ces sites et surtout, qui finance. Ce travail d’aménagement, acquis peut-être au titre du "droit de passage", a été commencé sur de nombreux parcours mais est loin d’être terminé. Le passage d’une glissière qui permet de descendre une rivière sans portage en toute sécurité et pourquoi pas à bateau plein, est non seulement très agréable mais est aussi une ouverture vers le tourisme de découverte. Quant aux microcentrales qui dénaturent parfois nos rivières, elles ne sont pas souvent adaptées à notre environnement. Ce sont parfois des concessions qui se transmettent au sein d’une même famille à l’initiative de particuliers au détriment du bien collectif. Pour quelques KWh de plus, le débit non dérivé devant être laissé pour le passage des embarcations n’est pas respecté. Heureusement, dans les cas nuisant trop à l’environnement, la mobilisation des associations à l’échelon local permet parfois de faire échec aux nouveaux projets et au renouvellement des concessions.
La
rivière nous a-t-elle déjà trop donné? Pas forcément. Elle nous a permis récemment
de produire de l'électricité bon marché sans générer les gaz nocifs provenant
de la combustion des produits fossiles. C'est la vente de l'électricité produite
par les centrales hydroélectrique qui a permis à L'EDF de progresser et de
financer la cherche nucléaire où elle excelle maintenant. Elle nous a déjà
tellement donné que l'on pourrait douter de ses capacités de continuer à le
faire. C'est mal la connaître. Si l'on prend garde de ne pas lui demander plus
que ce qu’elle ne peut raisonnablement donner il n'y a pas de soucis à se faire.
On peut s'émouvoir des quelques projets de barrages au fin de production
électrique qui reste - quoi qu'on en dise - en suspend. Par contre, je ne comprends
pas l’émotion que peut susciter l’installation de microcentrales sur une petite
rivière à régime glacière telle que le Gyr. En effet, la rivière n’a pas totalement
fini de nous surprendre et de nous aider. Ce qui me semble essentiel dans tous
ces problèmes de prélèvement d’une partie du débit de la rivière - quelque soit
d’ailleurs la motivation du prélèvement - est la part de débit laissée dans la rivière
par rapport à son débit naturel. Quand la rivière est généreuse et augmente son
débit naturellement d’une façon importante en fin de journée lors des heures
chaudes de la journée, je ne vois pas pourquoi on ne profiterait pas momentanément
de ses largesses.
Il n'y a dans ce cas que des avantages à prélever une partie de son débit sous réserve de
laisser courir dans son lit un débit qui ne soit jamais inférieur au débit naturel
qu’elle avait aux heures les plus froides de la journée. Ces rivières à eaux
froides sont souvent dangereuses par haut débit et voilà une façon intelligente
de domestiquer la rivière, d’améliorer la sécurité tout en continuant à produire
de l’énergie renouvelable bon marché ne provenant pas de la combustion des
produits fossiles.
Non, sincèrement dans le cas des rivières à régime glacière, aucune polémique basée sur des conflits d’intérêt ou un amour immodéré de la nature ne devrait s’installer. Le seul problème est de s'assurer qu'il reste toujours dans ces rivières, qu'il s'agisse d'une petite rivière comme le Gyr, ou d'une plus grosse comme l'Isère, heures de navigation ou pas, un débit au moins égal à celui des heures les plus froides de la journée, pas de savoir s'il est préférable de prélever seulement 2 m3/s ou 50 m3/s ou de savoir si les gains sont marginaux ou non. Une seule remarque, le choix de micro centrale à haute chute me semble préférable dans ces cas particuliers si l'on considère le risque que constitue pour la sécurité cette alternance de haut et de bas débit entre des microcentrales trop rapprochées l'une de l'autre. A la fin du printemps et pendant l'été, lorsque le débit est trop important, les eaux froides d'une rivière comme l'Isère en aval de bourg Saint Maurice sont dangereuses. Limiter le débit dans le lit naturel de la rivière améliorerait la sécurité et permettrait d'accroître la production hydroélectrique.
Il
faut par contre prendre garde que l’obligation de rachat par l’EDF du courant
électrique produit par le particulier à des taux nettement plus élevés que le
prix marché n'entraîne des installations non conformes à des règles
d'implantation qui devraient maintenant être dédiées à l'avenir du canoë-kayak
et à sa sécurité, au plaisir du touriste nautique et du promeneur pédestres
longeant ses berges . Cette pratique commence à être combattue au niveau
européen, probablement pour faire échec à cette notion de monopole. C'est tant
mieux, parce que, apparemment généreuse, elle introduit une notion de
dépendance qui peut se retourner à long terme sur le particulier.
De
plus si elle ne présente pas d’inconvénient pour l’environnement dans le cas
des cellules photovoltaïques ou des éoliennes, ce n’est pas le même constat
pour les micro centrales qui subsistent ici ou là sur les rivières à régime
pluvial ou pire encore sur les rivières générées par des résurgences. Sur ces
rivières à débit souvent plus faible, l'impact sur l'environnement peut être
assimilé à une véritable nuisance. Pour produire quelques kWh de plus, le débit
prélevé pour alimenter la micro centrale est augmenté par l’exploitant et ce
qui reste dans le lit naturel est triste à voir. Ce constat est encore plus affligeant sur les
rivières à usage touristique telles que l’Aveyron ou le Lot.
Il
est naturellement douloureux pour un propriétaire riverain auquel un droit
d’exploitation à été consenti à ses parents de se voir retirer ce droit de son
vivant pour ses descendants, mais sur ces rivières particulières, il y va de l’intérêt général. Il faut
toutefois se garder de généraliser car le problèmes des micros centrales est
fait de cas particulier. Certaines d'entre elles disposées sur le bas cours des
fleuves dans des bras de dérivation ne présentent aucun inconvénient pour
l'environnement.