La démolition des barrages EDF

 

 Les efforts financiers pour réduire le degré de vétusté des barrages français construits entre les années 30 augmente petit à petit. 

 Difficile d'estimer la durée de vie des barrages voûtes qui seraient de l'ordre du siècle en raison d'un phénomène de vieillissement du béton et du risque existant dans des zones sismiques. Plutôt que de s'engager dans une incertaine et coûteuse rénovation de ceux-ci on commence à juste titre à procéder à la démolition de certains barrages "au fil de l'eau". Compte tenu de leur nuisances sur l'écosystème constitué par la rivière et sur le tourisme du fait de l'absence de plan d'eau significatif en amont, on ne peut pas dire que ces barrages font partie de notre patrimoine. De plus, du fait de leur vieillissement, ils font courir un risque d'inondation de villages pour les populations situées en aval.

Le milieu du canoë-kayak est donc très heureux de constater que plusieurs barrages de 6 à 15 m de hauteur ont été récemment démolis dans notre pays  sur des cours d'eau à poissons migrateurs afin de restaurer la qualité écologique de ces cours d'eau.

 

         
Barrage-voûte de Marège sur la haute Dordogne,
(prise en 1933 pendant la construction du barrage)

 

On peut citer entre autres, les barrages de Kernansquillec sur le Léguer (Côtes-d'Armor), St- Etienne du Vigan sur l'Allier *(Haute-Loire), Maisons-Rouges sur la Vienne (Indre-et-Loire) ou celui de Charensac.

La loi du 16 octobre 1919 sur l'utilisation de l'énergie hydraulique prévoit que les concessions ou autorisations d'utiliser l'énergie hydraulique sont accordées pour une durée limitée ne pouvant excéder soixante-quinze ans. Elles peuvent être renouvelées ou non. Un bilan comparant les avantages socio-économiques éventuels liés au maintien de l'ouvrage (production d'énergie, alimentation en eau potable, tourisme, etc.) sont comparés aux conséquences sur l’environnement.

Un état de lieux est réalisé sur l'état du barrage en question.

En fonction de ce bilan, l'autorité administrative décide de renouveler l'autorisation de la concession, ou, au contraire, d'y mettre un terme et d'ordonner une remise en état des lieux.

La braderie de la houille blanche française qui se prépare suite à la libéralisation de l'énergie devraient entraîner la suspension des concessions accordées à de nombreux barrages "au fil de l'eau" de telle sorte que la rivière soit remise dans son état naturel pour le plus grand bien du touriste nautique, des saumons et des pécheurs ou plus généralement de l'écosystème formé par la rivière.
Pour les grands barrages voûte aucune région ne s'est encore résolue à passer à l'action. Cette photo du barrage voûte de Marèges sur la hte Dordogne permet de comprendre pourquoi la démolition de ce type de barrage, constitué pour l’essentiel de béton armé, pour nécessaire qu'elle soit lorsque le barrage atteint sa limite de durée de vie, est une entreprise difficile et onéreuse.

On peut se demander ce qui va advenir des grands barrages voûte comme celui de Tignes sur l'Isère à expiration des concessions.
 

Les barrages-poids1) tels que celui de Serre-Ponçon sur la Durance s’intègrent mieux dans le paysage et leur démolition avec remise de la nature à l’identique semble plus simple. L’usage de la dynamite montré à la télévision pour la démolition du barrage voûte de Poutès sur le haut Allier, dont la démolition est envisagée de longue date en raison de ses nuisances, n’est que la première étape d’un processus long et coûteux de morcellement et d’enfouissement des blocs de béton permettant de remettre la nature à l’identique.

Il convient donc d’être particulièrement vigilant sur les motivations qui pourraient encore conduire à l’édification d’un dernier barrage voûte sur nos rivières. Compte tenu des possibilités offertes par toutes ces nouvelles technologies il est clair que si la principale motivation est la production énergétique, le barrage ne devrait pas être construit.

1)  La largeur à la base de l'immense barrage-poids de Serre Ponçon est équivalente à sa hauteur. Cette conception lui permet de résister à la pression de l’eau par sa propre masse. Un barrage-voûte au contraire en raison de sa forme, reporte la poussée de l’eau sur les flancs de la vallée ce qui impose une sérieuse étude de mécanique des sols pour s’assurer que cette poussée est correctement reprise par les flancs de la vallée. On se rappelle le terrible accident lors de la rupture du barrage voûte de Malpasset et de cette crue monstrueuse du 2 décembre 1959 provoquant plus de 400 morts dans la vallée de l'Argens avec le déplacement de blocs de pierre aussi gros que des maisons provenant de la rupture du barrage. Après maintes procédures, l'arrêt de la Cour de cassation avait conclut en 1967, qu'aucune faute n’avait été commise et rangé l’affaire sous le signe de la fatalité. Il ne faut pas croire cependant que les barrages-poids, qui semblent d’une conception plus sécurisante que les barrage voûte sont totalement à l’abri de telles catastrophes. (les américains en ont fait la triste expérience)

     * La nature y a véritablement été remise à l'identique