Petite anthologie de l'esquimautage.

 

Les Esquimaux du Groenland ont pratiqué l’esquimautage pendant plusieurs centaines d’années avec leur kayak en peau de phoque.
A cette époque les vêtements iso thermiques en néoprène n’existaient pas et c’est la notion de survie qui a contraint les Inuits à chercher et à trouver les mouvements corporels leur permettant de remettre leur kayak à l’endroit ainsi que des méthodes de sauvetage afin de ne pas périr dans les eaux glacés de l’antarctique. Ils étaient à ce point intégrés à leur embarcation de chasse qu’ils leur étaient pratiquement impossible d’en sortir tellement l’hiloire de leur kayak était petite, n’y d’ailleurs d’y rentrer sinon en se contorsionnant. On plaisante même à ce sujet en mentionnant des genoux se repliant vers l’avant ! Mais est-ce vraiment une plaisanterie ?

 

L’esquimautage en canoë, plus difficile à réaliser qu’en kayak n’est apparu que beaucoup plus tard. Il faut dire que les conséquences d’un bain dans les rivières canadiennes avec un canoë en écorce de bouleau  n’étaient pas aussi dramatiques, le risque était plus pour le matériel transporté que pour l’équipage qui rejoignait la berge sans trop de dommage. Cette technique a été totalement ignoré par les indiens du Canada et c’est seulement en 1957 aux championnats du Monde de slalom à Augsbourg que, pour la première fois dans l’histoire du canoë, un équipage C2 hommes esquimautait pendant une épreuve internationale.. Modeste, Pierre Thivans à qui l’on demandait comment il avait pu réaliser un tel exploit avec son frère répondit : il suffisait d’y penser et d’essayer pour réussir !  Et c’est vrai ! Il faut dire que l’évolution de la forme des canoës avec bordé arrondi rendu possible par la construction plastique a grandement facilité la rotation du canoë et le redressement de celui-ci.

         
              Croquis Pierre Thivans


Les indiens de la province québécoise du Weymontaching  << endroit où l’on voit loin>>  n’ont pas imaginés qu’ils leur étaient possible d’esquimauter leur canoë en écorce pour sauver la cargaison, tout au plus ont-ils pensé à adjoindre un pontage en toile pour la protéger de projections d'eau.
Il est pourtant facile pour l’équipier arrière d’un C2 d’esquimauter un lourd canoë biplace ouvert ponté lorsque l’équipière avant abandonne le domicile conjugal. Cela leur aurait permis de sauver quelques (petites)cargaisons.

 

La pratique de l’esquimautage demande de la précision dans les mouvements corporels car l’esquimautage est pour finir assez technique*.
Cette dernière une fois acquise, il faut effectivement peu de force pour esquimauter mais surtout de la souplesse.  L’esquimautage en kayak ou en canoë, quelque soit la méthode utilisée, est basé sur deux mouvements qui s’effectuent conjointement : l’appui latéral ou en balayage d’une part, le mouvement de rotation des hanches d’autre part. Lors de ces mouvements, les calages, trop souvent oubliés par les constructeurs, sont indispensables pour transmettre le couple de redressement à l’embarcation.
Une autre considération a aussi de importance, elle concerne la position de la main basse proche de la pale active, c’est à dire de la pale prenant appui sur l’eau pendant le mouvement d’esquimautage. Cette main qui tient le collet de la pagaie peut être positionnée de deux façons au début du mouvement de redressement. Soit en position inversée (supination), soit en position non inversée (pronation), correspondant à la position naturelle de la main lors de la propulsion. Le choix est important selon qu’il souhaite obtenir un effort important au début ou à la fin du mouvement de redressement.

 

* Les termes utilisés pour enseigner la pratique du canoë-kayak sont dans leur ensemble assez techniques. Il est toujours possible au lecteur de se reporter au "Lexique des termes techniques de la rivière" en cas de problème.