La Drire* évolue lentement

 

Environ un mois plus tard, je prends connaissance d'un long rapport de la Drire qui traite des pompes à chaleur sur nappe libre en Ile de France. Curieusement, cette note établie avant ma visite au salon de la copropriété ne mentionne aucune interdiction de forage. Une certaine vérité scientifique ainsi que l’intérêt que représente cette forme de production d’énergie commence - enfin -  véritablement à apparaître et corrobore – il était temps – les informations de la revue "Le particulier" 1018 de novembre 2007. La Drire a incontestablement fait un bon travail préliminaire.

Il est fait mention que les nappes libres d'accompagnement des cours d'eau sont assimilées aux eaux superficielles. Il y est dit aussi que les aquifères peu profonds des grandes vallées alluviales communiquent avec les cours d'eau, la rivière pouvant alimenter l'aquifère ou inversement l'aquifère la rivière selon le niveau d'eau dans cette dernière. Ce travail et la volonté de situer la pompe à chaleur sur nappe à la place qu'elle mérite d'occuper dans le cadre de la production d'énergie renouvelable risque malheureusement d’être inutile pour la simple raison qu'un "détail" risque de stopper net les projets de tout maître d'œuvre consciencieux et responsable. Comment un MO responsable pourrait-il prendre une décision d’investissement s’il n’a une vue claire la période d'amortissement de cet investissement. Ce "détail" qui risque de tout compromettre est un projet de prélèvement de l'agence de l'eau basée sur le volume d'eau pompée et rejeté. Je n'imagine pas un seul instant que quiconque souhaitant installer une pompe à chaleur sur nappe puisse accepter de payer une telle pénalité financière. On parle souvent du pollueur payeur et l'on commence – enfin - à en admettre ce principe. Quant au dépollueur je ne comprend pas comment il peut être envisagé de le pénaliser financièrement (il devrait au contraire être rémunéré!)  

Ce prélèvement est d'autant plus inacceptable - de mon point de vue - que d'une part le même volume d'eau est rejetée dans le sous sol et que d'autre part cette eau est rejetée le plus souvent plus froide ce qui est bénéfique en terme de dépollution et de régénération de notre pauvre sous sol qui en a bien besoin. Le pire est que cette intention de facturation de l’eau au pompage et à la restitution dans le sous sol est loin d'être négligeable.

Tout calcul fait les petits lutins thermiques qui connaissent bien la loi de conservation de l'énergie ont déterminés que le besoin en eau d'une pompe à chaleur assurant le chauffage de notre immeuble est de l'ordre de 50 m3/h.

Ils ont calculés que les frais d’exploitation annuel rien que pour la facturation sur l'eau pompée seraient de 20 000 € !,  soit un montant sensiblement équivalent* au coût de l’alimentation électrique du compresseur de la pompe à chaleur! Et ceci sans compter le prélèvement financier au rejet qui viendrait encore alourdir la note. De tels frais d’exploitation présentent l'inconvénient de condamner un système qui présente incontestablement de gros avantages pour notre environnement.

Faut-il rappeler que non seulement la PAC sur nappe libre rejette dans le sous sol le même volume d’eau que celui qui a été aspiré mais que de plus l’eau rejetée est plus propre puisqu’elle a été filtrée par le circuit de la PAC. Très important aussi pour l'écosystème de la rivière et de son sous sol alluvionnaire, l’eau rejetée est plus froide. La copropriété installant une pompe à chaleur pour le chauffage de son immeuble devrait au contraire toucher une redevance pour participation à la régénération de l’écosystème constitué par le sous sol alluvionnaire de la rivière !  Faire payer le pollueur, cela semble justice. Pénaliser financièrement le dépollueur sans lui expliquer la raison pour laquelle on le pénalise cela sonne comme une grave injustice. Il est probablement nécessaire que chacun d'entre nous participe à la réparation des erreurs passées certes, mais il y a des limites à ne pas dépasser. Pomper l'eau à plus grande profondeur en espérant augmenter la température de l'eau pompée et combiner en quelque sorte la géothermie profonde et celle de surface peut aussi être envisagé afin d'améliorer le rendement de PAC*.
A
condition toutefois que la température de l'exhaure ( coté aspiration) ne soit pas supérieur à environ 20°C de telle sorte que le rejet (coté refoulement) ne soit pas à une température supérieure à la température naturelle de la nappe phréatique. La Drire "accepte" un rejet inférieur de 11°C à la température de l'exhaure (le pompage) sans d'ailleurs préciser pourquoi cette limite a été fixée. Elle pourrait en effet pénaliser injustement et apparemment sans motif valable un constructeur de PAC performant. Nous ainsi serions assuré de ne pas perturber l'équilibre fragile de l'écosystème constitué par la rivière et son sous sol alluvionnaire.

 

* Voir "La rivière et l'énergie" page 247 avec une amélioration du COP prévisible de l'ordre de 30%  
               
COP = 1/ ( 1 - 1/ Tc/Tf)    4)

 

 *Drire   Direction régionale de l'industrie et de la recherche